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L’OM peut-il vraiment viser le top 5 avec ce mercato fantôme ?

Matthieu Ferrand Par Matthieu Ferrand · Rédaction foot247 ·
L'OM peut-il vraiment viser le top 5 avec ce mercato fantôme ?
L'OM peut-il vraiment viser le top 5 avec ce mercato fantôme ? © 2026 Icon Sport

L'OM lance la saison de Ligue 1 vendredi soir contre Strasbourg sans avoir recruté un seul joueur. Pas un, à douze jours de la fermeture du marché. Pendant que le Vélodrome s'impatiente, la direction vend, dégraisse et promet. Analyse d'un été où l'ambition affichée se heurte violemment à la réalité comptable.

Il faut se pincer pour y croire. Nous sommes le 20 août 2026, l’OM ouvre le bal de la Ligue 1 demain soir face à Strasbourg au Vélodrome, et le club le plus suivi de France aborde ce match inaugural avec un effectif amputé de son meilleur buteur, de son avant-centre emblématique, et zéro renfort venu de l’extérieur. Officiellement, l’OM a bien enregistré des « recrues » : Facundo Medina (18 millions d’euros), Timothy Weah (14,4 millions) et Hamed Traoré (environ 7,7 millions). Sauf que tout le monde a compris la supercherie sémantique : il s’agit de levées d’options d’achat sur des joueurs déjà présents la saison dernière. Traoré, lui, a même été acheté pour être immédiatement reprêté au Genoa. On achète pour revendre. Bienvenue dans le mercato marseillais version 2026.

Une révolution de palais, mais pour quel projet ?

L’intersaison a pourtant tout balayé sur son passage. Pablo Longoria est parti diriger le sportif de River Plate, Medhi Benatia a assuré l’intérim avant de céder sa place à Grégory Lorenzi, débarqué de Brest et présenté à la presse le 15 juillet aux côtés du nouvel entraîneur, Bruno Genesio. Un nouveau président, Stéphane Richard, complète le tableau. Sur le papier, un duo Genesio-Lorenzi qui a fait ses preuves dans la gestion raisonnée. Dans les faits, un attelage qui découvre la pression marseillaise avec un chéquier sous scellés.

Car le vrai patron de ce mercato ne s’appelle ni Richard, ni Lorenzi. Il s’appelle DNCG. Le 26 juin, le gendarme financier du football français a imposé au club un encadrement de sa masse salariale et de ses indemnités de mutation, assorti d’un engagement de 80 millions d’euros de ventes à réaliser d’ici juin 2027 et d’une masse salariale à ramener d’environ 160 à moins de 100 millions. Ajoutez une lourde amende infligée par l’UEFA au titre du fair-play financier, et vous comprenez pourquoi chaque mouvement est dicté par la calculette. Impossible d’homologuer une arrivée sans avoir validé des départs. Voilà pourquoi le club regarde passer les trains pendant que ses concurrents se renforcent.

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Vendre Greenwood, brader Aubameyang : le sens des priorités

Côté sorties, au moins, le club a été efficace. Mason Greenwood a filé au Fenerbahçe pour 39 millions d’euros, une belle somme sur le papier, beaucoup moins une fois les 40 % reversés à Manchester United. Restent environ 23 millions nets pour le meilleur atout offensif de l’équipe. Pierre-Emerick Aubameyang, lui, a été laissé partir au Deportivo La Corogne pour 1,5 million d’euros symbolique. Deux départs, des dizaines de buts envolés, et personne pour les remplacer à ce jour.

Le plus inquiétant n’est même pas là. La liste des partants potentiels ressemble à l’ossature de l’équipe : Højbjerg, Aguerd, Kondogbia, Rulli, Paixao, et jusqu’à Leonardo Balerdi, cité parmi les candidats au départ. Amine Gouiri, promu leader offensif par la force des choses, est courtisé par Côme, la Lazio, l’Atlético et Everton, avec des offres fermes attendues dans les derniers jours du marché. Quand un club en est réduit à espérer la vente de ses meilleurs éléments pour boucler son budget, tout en refusant 8 millions d’euros d’Al-Sadd pour Aguerd en jugeant le montant insuffisant, on ne parle plus de stratégie sportive, on parle de survie comptable.

Todibo, l’arbre qui cache la forêt

La direction brandira évidemment le dossier Jean-Clair Todibo comme preuve de son activité. L’accord avec le joueur, acquis depuis plusieurs semaines, a été confirmé par L’Équipe le 18 août, et les négociations avec West Ham portent désormais sur un prêt avec répartition du salaire, le défenseur acceptant même de baisser ses émoluments pour venir. C’est un joli coup potentiel, personne ne le nie. Mais soyons lucides : un prêt toujours pas finalisé, obtenu grâce aux sacrifices financiers du joueur lui-même, à douze jours de la deadline, ce n’est pas un mercato. C’est un pansement.

Pendant ce temps, les vraies pistes d’arrivée, un gardien (Di Gregorio ou Perri), un défenseur central supplémentaire comme Adarabioyo, ou l’ailier Akhomach, restent suspendues à la même condition : vendre d’abord, recruter ensuite. Une équation que le club traîne depuis juin sans parvenir à la résoudre.

Unique Sports Group, l’aveu d’impuissance de McCourt

Et puisque la direction sportive ne vendait pas assez vite, Frank McCourt a sorti la solution qui fait grincer des dents dans tout le club : mandater une agence externe, Unique Sports Group, pour piloter les départs. Officiellement, il s’agit d’un « accompagnement » pour multiplier les contacts et activer de nouveaux réseaux auprès des clubs et des agents. Officieusement, c’est un désaveu cinglant pour Grégory Lorenzi, à peine installé dans son fauteuil de directeur sportif et déjà court-circuité par le propriétaire américain sur le dossier le plus stratégique de l’été.

Quand un club de la dimension de l’OM sous-traite ses ventes à un cabinet spécialisé, comme on externalise un service de recouvrement, cela raconte quelque chose. Cela raconte un propriétaire qui n’a plus confiance en ses propres dirigeants pour tenir le calendrier. Cela raconte aussi une méthode brutale qui crée des tensions internes et froisse les entourages de joueurs, habitués à négocier directement avec le club.

Et pour quel résultat ? Deux fiascos retentissants en une semaine. Pierre-Emile Højbjerg a fait volte-face au dernier moment alors que son transfert vers Newcastle était ficelé, montant compris. Nayef Aguerd a fait exactement de même avec la Real Sociedad, renonçant à signer alors que toutes les parties avaient trouvé un accord. Deux des plus gros salaires du vestiaire ont dit non, préférant décider eux-mêmes de leur destination plutôt que de se laisser « placer » par une agence mandatée pour les pousser dehors. Le grand ménage voulu par McCourt tourne au bras de fer, et pour l’instant, ce sont les joueurs qui gagnent.

Le supporter, éternel dindon de la farce

Le plus rageant dans cette histoire, c’est le décalage entre le discours et les actes. On a vendu aux supporters un « nouveau projet », de la « stabilité », un « retour durable dans le haut du classement ». La réalité : une équipe qui disputera la Ligue Europa et non la Ligue des champions, un effectif affaibli, et un recrutement gelé par des contraintes financières que les dirigeants précédents ont laissées en héritage.

Alors oui, on peut saluer la rigueur retrouvée, la fin de la fuite en avant, le pari sur la formation avec une douzaine de jeunes intégrés cet été. Tout cela est sain sur le long terme. Mais à Marseille, le long terme est un luxe que le public n’accorde jamais. Genesio le sait mieux que quiconque : si les résultats ne suivent pas dès septembre, la belle patience estivale se transformera en colère, et le Vélodrome ne fera pas de détail entre les responsables d’hier et les gestionnaires d’aujourd’hui.

Et pourtant, le top 5 tendra les bras

Soyons honnêtes jusqu’au bout : malgré ce chaos organisé, personne ne voit sérieusement l’OM terminer hors du top 5 de Ligue 1. Le championnat reste ce qu’il est : un PSG intouchable, puis un peloton de prétendants dont aucun n’affiche une régularité écrasante. Même amputé, même bricolé, l’effectif marseillais conserve une base supérieure à celle de la plupart de ses concurrents directs, et Genesio a démontré à Lyon comme à Rennes sa capacité à faire surperformer un groupe avec des moyens limités. Ajoutez un Vélodrome qui vaut des points à lui seul, et le plancher de cette équipe reste élevé.

C’est d’ailleurs tout le paradoxe, et peut-être le calcul cynique de la direction : à Marseille, on peut rater son mercato et sauver sa saison au classement. Un top 5, une qualification européenne, et l’été catastrophique sera vite pardonné, voire réécrit en « gestion courageuse ». Mais que personne ne s’y trompe : finir cinquième quand on se rêve champion, ce n’est pas un projet. C’est un lot de consolation.

Il reste douze jours. Douze jours pour transformer un mercato fantôme en mercato malin. À défaut, cet été 2026 restera dans les mémoires comme celui où l’OM a confondu reconstruction et démolition, tout en finissant, ironie du sort, exactement là où on l’attendait.